Les histoires du soir servent d’ordinaire à endormir les enfants, mais celle que raconte Reporters sans frontières est faite pour empêcher un président de dormir.
Le 2 novembre, Donald Trump fait son entrée dans la galerie des prédateurs de la liberté de la presse de RSF. Le même jour, l’ONG et l’agence The Good Company dévoilent « Baby Trump », un film de 1’44 en anglais et en français qui emprunte les codes du cinéma d’horreur. Avec une idée retorse : ce qui terrifie son petit héros, ce ne sont pas les monstres, mais les faits.
Une histoire du soir qui tourne au cauchemar
Le film s’ouvre dans une chambre d’enfant des années 50. Des soldats de plomb traînent sur le tapis, la pluie bat contre la vitre, et un père s’assoit au bord du lit de son fils, un blondinet au visage d’ange. Sauf qu’il ne lui lit pas un conte, mais un article du New York Report, un journal inventé pour l’occasion.
Un candidat savoure son élection, ses détracteurs sont traités d’« ennemis du peuple », puis des journalistes enquêtent, recoupent, interrogent des témoins, et la fraude apparaît. À chaque nouveau fait, le sourire de l’enfant s’efface, l’orage éclate, et il finit caché sous sa couette. « Bonne nuit, Donald », conclut le père. Sur la table de nuit, un cahier porte le nom de Donald Trump.
Faire trembler ceux qui n’ont peur de rien
Le brief de RSF tenait en une ligne : parler des prédateurs de la liberté de la presse, et en particulier du plus bruyant d’entre eux. The Good Company a retourné la question en cherchant ce qui pouvait bien effrayer ces prédateurs. Réponse : les faits, socle de tout travail journalistique.
Le film repose sur deux décalages : un journal à la place du conte, et des journalistes à la place du monstre sous le lit. Le traitement assume l’anachronisme, avec une esthétique d’horreur à l’ancienne, à rebours de l’image parfaite. « Pour une fois, ce n’est pas lui qui terrorise. C’est lui qui tremble », résume Hadi Hassan-Helou, directeur de création de l’agence.
LIRE AUSSI : Reporters Sans Frontières détourne les consignes en avion pour les journalistes
Une parodie au service d’un travail documenté
Le film a une mission précise : conduire le public vers la galerie de RSF, qui recense cette année 32 prédateurs (chefs d’État, dirigeants, partis ou entreprises) répartis en 5 catégories. Le contexte est lourd : jamais en 25 ans de Classement mondial le score moyen de la liberté de la presse n’a été aussi bas, les États-Unis ont reculé de 7 places pour tomber au 64e rang sur 180, et 503 journalistes sont aujourd’hui détenus dans le monde.
Côté dispositif, tout repose sur le film : version longue, teaser de 30 secondes pour les réseaux sociaux, affiche et déclinaisons digitales. La diffusion se fait en espace gracieux, en presse et en digital dès le lancement, puis en télévision et en affichage selon les médias volontaires, en France comme à l’international. Ce que l’agence appelle le « ROI créatif » : le moins de moyens possible pour le plus d’impact possible.
LIRE AUSSI : Reporters Sans Frontières hack un match en direct pour soutenir un journaliste emprisonné



























