Le voyage de presse prend une tournure radicalement différente cette année. À l’occasion de la publication du Classement mondial de la liberté de la presse 2026, ce 30 avril, Reporters sans frontières (RSF) frappe fort.
En collaboration avec l’agence The Good Company, l’organisation internationale délaisse les rapports statistiques classiques pour une approche créative brutale. L’idée est de confronter le grand public à la réalité de ceux qui risquent leur vie pour nous informer, en utilisant un langage que nous connaissons tous, mais dont le sens est ici tragiquement détourné.
Un constat alarmant pour la liberté d’informer
Le bilan de l’année 2026 ne laisse place à aucune ambiguïté : le terrain se fragilise pour les professionnels de l’information. Exercer ce métier aujourd’hui revient, dans trop de régions du globe, à s’exposer à des arrestations arbitraires, des pressions politiques ou des enlèvements. Le classement de RSF agit comme un baromètre de la santé de nos démocraties, et les chiffres montrent une dégradation préoccupante de l’accès à une information indépendante.
Chaque pays listé représente un niveau de risque spécifique. Ce n’est plus seulement une question de géopolitique lointaine, mais un indicateur concret des dangers encourus par des hommes et des femmes sur le terrain. La mission de cette nouvelle campagne est de rendre ces risques tangibles pour ceux qui, de loin, ne perçoivent que des chiffres sans visage.

Reporters Airlines : le détournement des consignes de sécurité
Pour marquer les esprits, RSF et The Good Company ont créé Reporters Airlines, une compagnie aérienne fictive. Le concept repose sur le détournement des célèbres consignes de sécurité à bord. Ce moment, d’ordinaire routinier et rassurant pour les voyageurs, devient ici un vecteur de vérité crue. Les instructions ne dictent plus comment attacher sa ceinture ou utiliser un masque à oxygène, mais comment réagir face à la répression.
Le contraste est volontairement saisissant. En s’appuyant sur des destinations touristiques majeures comme le Vietnam (174e), le Mexique (122e) ou la Tanzanie (117e), la campagne brise l’imaginaire du voyage pour révéler l’envers du décor. Pour Hadi Hassan-Helou, directeur de création chez The Good Company, l’objectif est de rendre cette réalité « impossible à esquiver ».
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Un dispositif cross-média au cœur du quotidien
La force de cette opération réside dans sa capacité à s’insérer dans les flux de vie des citoyens. Le dispositif se déploie massivement en DOOH dans les grandes gares françaises et en affichage print dans le métro. Des films courts mettent en scène un steward et des hôtesses de l’air livrant ces consignes d’un genre nouveau, créant un décalage immédiat avec l’environnement urbain.
La campagne s’étend également à la radio et au digital, notamment sur BeReal et Meta. Les plaquettes de sécurité, illustrées à la manière de celles que l’on trouve dans les pochettes de sièges d’avions, servent de support pédagogique pour expliquer la situation dans chaque pays. Comme le souligne Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, cette prise de parole est un avertissement sérieux pour les citoyens et les voyageurs : la sécurité de l’information est un combat de chaque instant.
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