À New York, le tote bag est partout : sur les épaules des étudiants, des cadres, des touristes. Personne n’imagine qu’il puisse un jour servir à rester à la surface de l’eau.
C’est pourtant l’idée derrière LIFELINE, un projet artistique porté par un collectif de créatifs américains, britanniques et brésiliens installés à New York. Leur objet : un tote bag d’apparence ordinaire qui dissimule un système de flottaison inspiré des gilets de sauvetage. Lancé simultanément pendant la New York Fashion Week et la Climate Week, le projet se présente à la fois comme une protestation, une performance et un avertissement public.
Un objet familier devenu signal d’alarme
Pour Philip Le Brun, artiste et directeur de création chez Uncommon, le tote bag incarne New York : un objet démocratique, qui traverse toutes les classes sociales. En le transformant en équipement d’urgence, le collectif crée une rupture comparable aux premières images de métro inondé, qui paraissaient alors dystopiques.
Le projet met en tension des notions qui cohabitent désormais : confort et urgence, consommation et survie, privilège et vulnérabilité. Le collectif le résume par une formule : concevoir des « essentiels qui ne devraient pas exister ». L’objectif n’est pas de proposer une solution aux inondations, mais d’interroger ce que signifie le simple fait de pouvoir imaginer en avoir besoin.

Un prototype fait main, sans IA
La conception a été menée par Gabriela Mestriner, artiste, designer et architecte brésilienne, distinguée par Forbes Under 30 Brésil. Les prototypes ont été réalisés uniquement à partir de matériaux recyclés : un imperméable produit en masse et un gilet de sauvetage, soudés à la main à la chaleur pour permettre un gonflage instantané. Au fil du processus, le sac a pris la forme d’un gilet porté sur le corps.
Le projet n’a bénéficié d’aucun financement et n’a pas vocation à être commercialisé. Il s’agit d’une pièce unique, fabriquée de façon artisanale pour limiter au maximum son empreinte, et réalisée sans aucune intelligence artificielle. L’équipe réunit aussi une directrice produit, un réalisateur, une styliste et un photographe formé aux études climatiques.
LIRE AUSSI : Back Market détourne la campagne d’Apple pour dénoncer la culture du jetable

Entre mode et urgence climatique
Le choix du calendrier n’est pas anodin. La mode est directement concernée par les questions de consommation et d’impact environnemental. La mise en scène du projet superpose volontairement les vêtements sur le corps pour souligner l’accumulation, cette habitude de porter et de consommer plus que nécessaire. L’œuvre s’installe ainsi dans un espace inconfortable, entre objet de désir et équipement de survie.
Philip Le Brun rappelle que chez Uncommon, ce type de projet personnel est encouragé : pas de brief, pas de client, seulement un point de vue. LIFELINE se veut une « répétition spéculative » d’un futur qui paraît de plus en plus plausible. Si l’objet suscite un léger malaise autour de ce que l’on appelle confort ou progrès, le collectif estime que son pari est réussi.
LIRE AUSSI : Greenpeace dévoile une campagne choc qui semble venir d’une autre planète










