Il fallait bien que ça arrive un jour. On s’était habitué à cette interface épurée, ce vide apaisant où seule clignotait la petite barre de curseur, attendant nos questions existentielles ou nos demandes de recettes de cuisine.
Mais le monde de la tech a une règle d’or : si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit… ou du moins, qu’on va finir par vous en montrer. OpenAI vient de siffler la fin de la récréation « sans pub » pour une grande partie de ses utilisateurs. Après avoir juré ses grands dieux que la publicité était un « dernier recours », l’entreprise californienne change son fusil d’épaule pour renflouer les caisses.
La fin du « tout gratuit » sans contrepartie
C’est un tournant majeur dans l’histoire de l’IA générative. OpenAI a annoncé le lancement de tests aux États-Unis pour intégrer des formats publicitaires directement dans son chatbot. Ne paniquez pas tout de suite si vous payez votre abonnement : les versions Plus, Pro, Business et Enterprise resteront, pour l’instant, des sanctuaires vierges de toute réclame.

La cible, c’est le grand public qui utilise la plateforme sans débourser un centime. Les publicités seront déployées sur les versions Gratuites et Go (l’abonnement le plus économique). La logique est implacable et calquée sur le modèle du streaming vidéo type Netflix ou Spotify : soit vous payez pour le confort, soit vous acceptez de voir des annonces pour financer le service. L’objectif affiché est de « diversifier les revenus » pour continuer à proposer un accès large à l’outil, malgré les coûts astronomiques de développement et de serveurs.
Une intégration « safe » et séparée du contenu
La grande crainte de tout le monde, c’est évidemment l’influence. Est-ce que ChatGPT va me conseiller une marque de baskets parce qu’elle a payé, alors que je lui demandais juste des conseils pour courir un marathon ? Sur ce point, OpenAI tente de rassurer avec une promesse forte : l’objectivité avant tout.
L’entreprise assure que les réponses organiques du chatbot resteront basées sur « ce qui est utile », sans interférence commerciale. Concrètement, les publicités apparaîtront en bas de réponse, clairement identifiées et visuellement séparées du reste. Pas de mélange des genres. De plus, la sécurité de la marque semble être au cœur du dispositif : pas de pub sur des sujets sensibles comme la politique, la santé mentale ou la santé tout court.
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L’autre garde-fou concerne vos données. OpenAI promet que les conversations ne seront pas vendues aux annonceurs. Le ciblage se fera sur la pertinence contextuelle de la discussion en cours et sera réservé aux utilisateurs majeurs (18 ans et plus), avec une possibilité de désactiver la personnalisation.

Du « dernier recours » à l’opportunité interactive
L’ironie de la situation n’échappera à personne. Sam Altman, le patron d’OpenAI, avait par le passé qualifié la publicité de solution de la dernière chance. Il faut croire que la réalité économique a rattrapé l’idéalisme de la Silicon Valley. Mais au-delà de l’aspect financier, l’entreprise vend cette nouveauté comme une opportunité pour les petites entreprises et les marques émergentes de se faire connaître.
L’ambition va même plus loin que le simple lien sponsorisé statique. La vision à terme est de proposer des publicités interactives. Imaginez voir une annonce pour un produit et pouvoir poser des questions directement à l’IA pour affiner votre choix avant l’achat. C’est une manière pour OpenAI de réinventer le format publicitaire classique en le rendant conversationnel.
En somme, l’IA entre dans sa phase de maturité commerciale. Après l’effet « waouh », place au business model. Reste à voir si les utilisateurs accepteront ces intrusions ou s’ils migreront massivement vers les offres payantes, ce qui est, ne nous le cachons pas, sans doute le but ultime de la manœuvre.
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