On a longtemps cru que les élections locales se gagnaient uniquement en serrant des mains sur les marchés ou en inaugurant des gymnases. Mais en février 2026, à quelques semaines du scrutin, la réalité du terrain a changé de dimension.
Les affiches collées à la hâte sur les murs des mairies ont laissé place aux vidéos verticales, et les tracts se sont transformés en « trends ». Inspirés par la campagne new-yorkaise de Zohran Mamdani, qui a prouvé que l’on pouvait hacker l’attention politique via les codes des réseaux sociaux, les candidats français investissent massivement TikTok.
C’est ce que révèle la dernière analyse de Visibrain, l’outil de veille des réseaux sociaux, qui a passé au crible l’activité numérique des candidats dans les grandes villes françaises durant ce mois de janvier.
Le raz-de-marée jaune de Sarah Knafo à Paris
Si l’on parle de pure visibilité, il n’y a pas de match. Dans la capitale, c’est Sarah Knafo qui truste le haut de l’affiche numérique. La candidate de Reconquête a compris que l’algorithme récompense la régularité et le volume. Avec une moyenne de 2 vidéos par jour, elle sature l’espace médiatique de l’application. Le résultat est sans appel : plus de 3,9 millions de vues cumulées depuis le 1er janvier. Pour donner un ordre d’idée, c’est trois fois plus que son dauphin au classement national, le candidat rémois Stéphane Lang, et surtout quatre fois plus que sa rivale directe, Rachida Dati.

Mais au-delà des chiffres, c’est la stratégie de marque qui interpelle. Sarah Knafo a construit un véritable storytelling visuel autour de son slogan « Une ville heureuse ». Toujours vêtue de jaune, une couleur qui tranche dans le feed et attire l’œil, elle multiplie les séquences de proximité : dans le métro, face aux caméras, ou en interaction directe avec les passants.
Son discours est calibré pour le format court, alternant entre l’émotion (la beauté de Paris) et les irritants du quotidien (les cyclistes, les amendes, la voiture). Elle ne cherche pas seulement à convaincre, elle cherche à créer une identité visuelle immédiate et reconnaissable.

À Marseille, l’engagement est la vraie monnaie d’échange
Cependant, sur les réseaux sociaux, la vue est une mesure de vanité, tandis que l’engagement est une mesure de réalité. Et à ce petit jeu, c’est le sud qui répond au nord. Sébastien Delogu, candidat LFI à Marseille, remporte la palme de l’interaction. S’il fait moins de vues que sa concurrente parisienne d’extrême droite, il génère une adhésion bien plus forte.
Avec une moyenne de 5 595 interactions (likes, commentaires, partages) par publication, il devance Sarah Knafo de 23%. Ce chiffre est crucial car il témoigne d’une communauté active, mobilisée, prête à relayer le message, ce qui est souvent plus précieux qu’une vue passive. Le top 5 de l’engagement confirme d’ailleurs que TikTok est un terrain où les clivages politiques paient : on y retrouve Rachida Dati, Laure Lavalette et François Piquemal. La plateforme favorise les discours tranchés et les personnalités fortes, capables de faire réagir leur base électorale en quelques secondes.

L’étrange silence du Rassemblement National
L’enseignement le plus surprenant de cette étude Visibrain reste la discrétion du Rassemblement National. Habituellement très performant sur le terrain numérique, le parti semble en retrait pour ces municipales de 2026. Alors qu’ils avaient dominé les débats lors des européennes, les candidats RN peinent à émerger dans les classements d’influence.
Seuls Franck Allisio (113 727 vues) et Laure Lavalette (99 244 vues) parviennent à se hisser dans le top 15, mais avec des scores modestes comparés à la force de frappe habituelle du mouvement. Cette baisse de régime profite directement à Reconquête, qui semble avoir récupéré le flambeau de la communication virale à l’extrême droite.
Est-ce un choix stratégique de revenir à une campagne plus traditionnelle, ou une incapacité à renouveler leurs codes face à une concurrence plus agressive ? Quoi qu’il en soit, à quelques semaines du vote, la bataille de l’attention a clairement changé de camp.





