C’est une vérité universelle que l’on préfère souvent ignorer lorsqu’on plonge la main dans un paquet de bonbons : la destinée finale d’une friandise est tragique. Elle est faite pour être détruite.
Partant de ce constat fataliste, la plupart des marques alimentaires tentent de nous faire oublier la « mise à mort » en nous montrant des mascottes joyeuses et pleines de vie. Mais Jet-Puffed, marque emblématique du groupe Kraft Heinz, a décidé de prendre le contre-pied total de cette hypocrisie sucrée. Avec sa nouvelle campagne, elle embrasse le destin funeste de ses produits avec un sadisme décomplexé qui fait du bien à voir.
Un casting attachant voué à une fin brutale
Pour la première fois de son histoire, la marque a donné vie à ses célèbres petits nuages blancs. Sous la houlette créative de l’agence Gut Miami, une galerie de personnages a vu le jour, chacun incarnant une méthode de consommation spécifique. On fait ainsi la connaissance de Chip, la guimauve qui finit croquée, de Duncan, celle qui se noie volontairement dans le chocolat, et de Pierce, le martyr embroché sur un pic à brochette au-dessus d’un feu de camp.
Le trait de génie de la campagne « Love ‘Em to Death » réside dans l’acceptation joyeuse de ce sort. Sur l’air mélancolique et culte de « Love Hurts » du groupe Nazareth, ces petits personnages subissent les pires atrocités culinaires avec un sourire béat. C’est de l’humour noir, c’est satirique, et cela rappelle inévitablement l’ambiance macabre et colorée de la célèbre campagne « Dumb Ways to Die » de McCann Melbourne.
La marque l’affirme sans détour : « Allez-y, poignardez, faites fondre, noyez et brûlez nos petites amies moelleuses. Promis, elles adorent ça ! ». Ce ton irrévérencieux transforme une simple dégustation en un acte de sacrifice consenti, rendant le produit infiniment plus sympathique.

Transformer un produit banal en divertissement
Au-delà de la blague, il y a une stratégie business implacable. Le rayon des guimauves est un océan de sachets identiques où les marques de distributeurs grignotent des parts de marché. Dans ce contexte, comment justifier l’achat d’un paquet Jet-Puffed plutôt qu’un autre ? La réponse de Kraft Heinz est claire : par l’émotion et le divertissement.
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Comme l’explique Jess Vultaggio, vice-présidente de la création, cette plateforme de marque permet de reconnecter avec un public plus jeune, friand de second degré. En personnifiant le produit de cette manière, la marque sort de la simple catégorie « alimentation » pour entrer dans la « pop culture ».
Todd Kaplan, le directeur marketing, souligne d’ailleurs sur LinkedIn que ces « simples vérités » sont souvent les meilleurs leviers créatifs. En donnant un nom et une personnalité à ce qu’on mange, on crée un lien affectif… juste avant de le rompre d’un coup de dent. C’est cruel, mais marketinguement brillant pour revitaliser une marque vieille de 70 ans.

De l’écran de smartphone à la Sphere de Las Vegas
Pour que le message passe, Jet-Puffed ne se contente pas d’un spot TV classique. L’univers de Chip, Duncan et Pierce est décliné sur les réseaux sociaux, où chaque publication explore les traits de caractère de ces victimes consentantes. C’est un contenu « snackable » parfait pour l’ère du scroll infini.
Mais la marque voit aussi les choses en grand pour marquer les esprits. Les visages souriants (et bientôt fondus) de ces mascottes s’affichent désormais sur The Sphere à Las Vegas. Voir un marshmallow géant se faire « torturer » sur l’un des écrans les plus impressionnants du monde donne une autre dimension à la campagne.
Cela confirme la volonté de Jet-Puffed de s’imposer comme une marque de divertissement à part entière. Finalement, aimer ses clients à en mourir, c’est peut-être ça, le secret de la fidélité en 2025.
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