L’être humain a une tendance naturelle à nommer tout ce qu’il explore. Nous avons baptisé chaque sommet montagneux, chaque rivière sinueuse et nous avons même cartographié avec précision les cratères de la planète Mars.
Pourtant, au fond de nos océans, des écosystèmes vitaux pour l’équilibre de la planète restent dans l’ombre, sans identité propre. Ce constat est le point de départ de la nouvelle campagne de Hyundai et de l’agence BBDO New York, intitulée Forests Without Names. L’idée est aussi simple que percutante : si une chose n’a pas de nom, il est très difficile de s’en soucier, et encore plus dur de la protéger.
Donner une identité à l’invisible pour éveiller les consciences
Ces forêts marines sont pourtant des piliers de la biodiversité mondiale. Elles abritent des milliers d’espèces et séquestrent chaque année près de 200 millions de tonnes de CO2. Malgré ce rôle crucial, elles sont largement exclues des politiques climatiques et des cadres de conservation officiels. Selon les données citées par la marque, seulement 15,9% de ces forêts bénéficient d’un statut de zone protégée à l’échelle mondiale.
Pour les directeurs de la création de BBDO New York, Pieter Claeys et Roxane Schneider, donner un nom à ces lieux est la première étape pour les rendre réels aux yeux du public. En sortant ces écosystèmes de l’anonymat, la campagne leur offre une légitimité et une présence dans les conversations politiques. Nommer, c’est permettre de se souvenir, de débattre et, in fine, d’agir. C’est transformer une masse verte sous-marine abstraite en un lieu géographique concret que l’on peut identifier sur une carte.

Une plateforme de données pour une conservation mondiale
L’initiative ne s’arrête pas à la dimension symbolique du baptême. Hyundai a collaboré avec des communautés locales et des ONG pour lancer ce qui est présenté comme la première carte mondiale unifiée des forêts marines. Ce n’est pas une simple illustration, mais une plateforme qui fusionne des ensembles de données régionaux souvent déconnectés en un standard partagé. Cet outil devient ainsi un point de référence unique pour les scientifiques et les décideurs du monde entier.
La carte intègre des informations sur les conditions océaniques, comme la température de l’eau et les tempêtes, permettant de suivre l’évolution de ces forêts dans le temps. Des projets de nommage ont déjà débuté, comme en Corée du Sud où une forêt restaurée a été baptisée Ullim, un mot évoquant une résonance ou un écho. D’autres forêts en Argentine et en Australie suivront le même chemin, cette dernière faisant l’objet d’un vote public mondial pour choisir son identité.
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La technologie au service d’un héritage durable
Ce projet s’inscrit dans la continuité du IONIQ Forest Project de Hyundai, qui étend ses efforts de reforestation terrestres vers les fonds marins. La marque n’en est pas à son coup d’essai en matière de narration environnementale basée sur la donnée. Cette campagne fait suite au projet Tree Correspondents, également primé, qui utilisait des capteurs pour donner une voix aux arbres. Ici, la technologie et l’intelligence artificielle servent à créer une infrastructure utile plutôt qu’un simple message publicitaire éphémère.
L’ambition finale est que ces noms ne restent pas uniquement sur le site de la campagne, mais qu’ils s’intègrent dans les recherches scientifiques, les documents de politique publique et même sur des plateformes grand public comme Google Maps. En officialisant l’existence de ces forêts, Hyundai et BBDO espèrent créer un fondement pratique sur lequel les générations futures pourront bâtir. L’idée que ces noms existeront pour toujours donne à cette opération une portée qui dépasse largement le cadre d’une simple campagne de communication.
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