Il existe des problèmes universels que l’humanité semble avoir acceptés avec une résignation déconcertante. Parmi eux, la consommation de frites à emporter trône en bonne place.
On connaît tous ce moment de solitude intense dans la voiture ou dans la rue : d’une main, on tient le cornet brûlant, et de l’autre, on tente désespérément d’ouvrir un sachet de sauce sans en mettre partout. Résultat, on finit souvent par manger ses frites nature ou par transformer son tableau de bord en assiette improvisée. C’est à cette aberration ergonomique que Heinz a décidé de s’attaquer, prouvant que l’innovation ne passe pas toujours par la technologie, mais parfois par un simple pliage de carton.
75 ans de stagnation enfin brisés
C’est un constat assez fou quand on y pense : la boîte de frites rouge et jaune telle qu’on la connaît n’a pratiquement pas évolué depuis 75 ans. Alors que nos téléphones, nos voitures et nos modes de consommation ont radicalement changé, cet emballage est resté figé dans le temps. Pourtant, nos habitudes alimentaires, elles, ont muté. On mange de plus en plus « on-the-go », en marchant ou au volant.
L’agence indépendante Rethink, qui collabore régulièrement avec la marque sur des coups d’éclat créatifs, est partie d’une « vérité consommateur » implacable. Les gens adorent le combo frites-ketchup, mais l’emballage actuel est un obstacle.
Selon la marque, de nombreux fans avouent même renoncer à la sauce faute de solution pratique. Face à ce gâchis gustatif, Heinz et Rethink ont développé le Heinz Dipper. Ce n’est pas une nouvelle sauce, mais une refonte structurelle de l’objet : un cornet de frites équipé d’un compartiment intégré pour y verser votre condiment préféré.

Le design au service de la gourmandise (et de la propreté)
Le génie de l’opération réside dans sa simplicité. On se demande presque, comme le soulignent les équipes de Rethink, « pourquoi cela n’existait-il pas déjà ? ». Le Heinz Dipper propose une languette détachable qui forme un petit réceptacle sur le côté de la boîte. Fini le funambulisme avec le sachet de sauce ou la flaque de ketchup instable sur une serviette en papier.
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Mais là où le design devient vraiment malin, c’est qu’il ne se contente pas d’être fonctionnel : il est aussi un outil de branding puissant. La forme de ce nouveau compartiment n’est pas anodine ; elle reprend la silhouette iconique du « Keystone », la forme de l’étiquette historique des bouteilles Heinz.
C’est une manière subtile mais efficace de marquer le territoire. Même si la boîte contient des frites d’une enseigne de burger, sa forme elle-même crie « Heinz ». Nina Patel, vice-présidente mondiale de la marque, explique que cette refonte permet à l’emballage de « travailler plus dur » pour les fans, transformant une frustration quotidienne en une expérience fluide.

Une innovation « Low-Tech » qui fait du bien
Lancée dès aujourd’hui dans 11 pays à travers le monde, cette initiative nous rappelle une leçon essentielle de marketing : il faut observer les usages réels. Trop souvent, les marques cherchent à innover avec des applications complexes ou des concepts digitaux alambiqués. Ici, Heinz résout un problème physique concret avec du carton.
Le Heinz Dipper transforme un moment de consommation bordélique en un geste intuitif. C’est ce qu’on appelle du design utile. En s’adaptant aux nouveaux modes de vie nomades, la marque renforce son rôle dans le quotidien des gens. Elle ne se contente plus de fournir le produit (la sauce), elle fournit le service qui permet de le consommer correctement (le contenant).
C’est une preuve supplémentaire que Rethink et Heinz forment actuellement l’un des duos les plus pertinents de l’industrie, capables de transformer une simple boîte de frites en un sujet de conversation mondial. Reste maintenant à espérer que votre fast-food local fasse partie des heureux élus qui distribueront cette petite révolution de papier.
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