Le monde du running est devenu un étrange miroir aux alouettes. Avant, on courait pour soi, pour la santé ou pour le chrono. Aujourd’hui, pour beaucoup, on court pour la capture d’écran, le partage social et la validation numérique.
Cette obsession de la performance affichée a donné naissance, dès 2025, à une dérive aussi fascinante que glauque : les Strava Jockeys. Face à ce phénomène, la marque Distance et l’agence BETC ont décidé de ne pas fermer les yeux, mais braquer les projecteurs sur ceux qui suent dans l’ombre.
L’ubérisation de la foulée
Le concept de Strava Jockey ressemble à un scénario de Black Mirror devenu réalité. Le principe est simple : des utilisateurs aisés, en quête de « fame » numérique mais trop paresseux (ou occupés) pour s’entraîner, paient des coureurs précaires pour réaliser des performances à leur place. Le téléphone dans la poche d’un autre, les kilomètres s’accumulent sur le profil du commanditaire.
C’est une forme de dopage digital où l’argent achète la gloire sportive. Ce marché souterrain révèle une triste vérité sur notre époque : l’apparence de l’effort compte désormais plus que l’effort lui-même. Des athlètes talentueux se retrouvent ainsi réduits à l’état de moteurs anonymes, vendant leur cardio pour quelques euros afin de gonfler l’ego de faux champions. C’est précisément ce système injuste que Distance a choisi de hacker avec sa nouvelle campagne « Shadow Runners ».

De l’ombre à la lumière : le retour du vrai
Plutôt que de faire la morale, l’enseigne spécialisée a pris le contre-pied total. Elle a recruté cinq de ces coureurs fantômes : Oscar, Clara, Ousmane, Howard et Eva. Fini l’anonymat et l’exploitation. La marque leur a offert ce que les « tricheurs » ne leur donnaient jamais : un statut, un visage et un vrai contrat.
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La campagne reprend les codes esthétiques des géants du secteur comme Nike ou Adidas. On retrouve un shooting photo et vidéo léché, réalisé par l’artiste Ojoz Yutaka et produit par POP (groupe HAVAS). Les visuels sont puissants, bruts, et célèbrent la noblesse de l’effort réel.
Comme le souligne Guillaume Pontier, le co-fondateur de l’enseigne, la mission est de « mettre en avant les vrais athlètes. Ceux qui courent pour de vrai. Pas ceux qui courent après les likes ». C’est une gifle visuelle envoyée à la superficialité des réseaux sociaux.

Une reconnaissance qui dépasse l’affichage
L’opération ne se limite pas à de belles images placardées dans Paris. Le dispositif, déployé depuis janvier, s’étend aux vitrines des magasins Distance à Lyon, Copenhague et même Iten au Kenya, la terre sainte de la course à pied. Afficher ces visages là-bas, c’est leur redonner une dignité au cœur même de la communauté mondiale des runners.
Surtout, Distance joint le geste à la parole sur le plan financier. Au-delà de la rémunération pour le shooting, la marque s’engage à reverser 10% des bénéfices d’une large sélection de produits à ces cinq ambassadeurs durant toute la campagne.
C’est une démarche concrète qui transforme une campagne de communication en levier d’émancipation. En 2026, être une marque cool ne suffit plus, il faut être une marque juste. Et ici, la justice a enfin un visage : celui de ceux qui courent vraiment.
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