On connaît tous la chanson du mois de janvier. On est motivé, on s’inscrit à la salle, on achète la tenue complète fluo, et deux semaines plus tard, tout finit au fond du placard ou remboursé en magasin.
C’est un classique triste mais réaliste. Pour cette nouvelle année 2026, Decathlon Canada a décidé de ne plus être complice de nos abandons. Avec une audace marketing rare dans le retail, l’enseigne a lancé une opération qui prend le contre-pied total de la « fluidité client » habituelle : rendre ses produits invendables, ou plutôt, « irretournables ».
Le fléau du « Quitters Day »
L’initiative part d’un constat chiffré et un peu déprimant. Si 48% des gens placent le sport en tête de leurs résolutions, 92% d’entre eux échouent lamentablement. Pire encore, il existe une date fatidique : le deuxième vendredi de janvier, surnommé le « Quitters Day ». C’est le jour précis où la motivation s’effondre et où les bonnes intentions s’évaporent.

C’est pour combattre ce phénomène que Decathlon et l’agence créative Rethink ont imaginé une mécanique radicale. Plutôt que de faciliter la vie du consommateur indécis, ils ont choisi de lui mettre la pression, positivement. Habituellement, une politique de retour flexible est un argument de vente. Ici, c’est l’inverse : l’impossibilité de changer d’avis devient le garant de votre engagement. Si vous ne pouvez pas rendre vos chaussures, vous n’avez plus d’autre choix que de courir avec.

Un contrat moral (et financier) avec ses pieds
Concrètement, l’opération se déroule du 1er au 31 janvier 2026. Elle concerne un modèle best-seller bien précis : les chaussures de running KIPRUN 500 WR. Le parcours d’achat a été modifié pour l’occasion. Au moment de mettre l’article dans le panier, sur le site ou en magasin, le client fait face à un avertissement clair. En achetant cette paire, il renonce symboliquement et techniquement à son droit de rétractation.
C’est un « lock-in » volontaire. Pour récompenser ce courage (et faire passer la pilule de la contrainte), Decathlon ne se contente pas de bloquer le retour. Les clients qui jouent le jeu reçoivent 1 000 points de fidélité bonus. C’est une manière intelligente de gamifier la contrainte. On ne vous punit pas de garder les chaussures, on vous félicite de ne pas avoir abandonné. La marque passe ainsi du statut de simple vendeur d’équipement à celui de « partenaire de responsabilité ».

La friction comme outil marketing
Cette campagne est brillante car elle ose réintroduire de la friction dans l’expérience client, un mot que les marketeurs détestent habituellement. Comme l’explique Xavier Blais de chez Rethink, l’idée est d’utiliser cette friction comme un levier de motivation. Dans un monde où tout est instantané et annulable, s’engager devient un acte fort.
En rendant le produit définitif, Decathlon force l’utilisateur à réfléchir à sa motivation réelle avant de passer en caisse. C’est un pari risqué pour un retailer dont la mission est aussi de vendre du volume, mais c’est un gain immense en termes d’image de marque.
Cela prouve que l’enseigne se soucie davantage de la santé de ses clients que de la simple transaction. Transformer une politique administrative (les retours) en outil d’engagement émotionnel, c’est une leçon de créativité qui permet de démarrer 2026 sur les chapeaux de roues.
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