La devise républicaine française s’affiche partout, des frontons des mairies aux écoles, comme une promesse immuable depuis deux siècles. Pourtant, pour la moitié de la population, cette promesse semble toujours assortie d’une clause restrictive.
Avec la campagne « Terms and Conditions of Being a Girl », l’agence BETC et la ville de Paris frappent un grand coup en hackant le symbole même de la nation pour révéler une réalité brutale : en France, l’égalité est systématiquement accompagnée d’un astérisque.
Les conditions générales d’une vie inégalitaire
L’idée créative repose sur un concept juridique détourné : les fameuses « conditions générales » que nous acceptons tous sans les lire. Ici, il s’agit d’une liste de 101 conditions imposées aux femmes dès leur naissance, sans leur consentement. La campagne met en lumière des faits alarmants : accepter de gagner moins qu’un homme pour le même poste, assumer 71% des tâches ménagères ou encore travailler « gratuitement » dès le 10 novembre chaque année en raison de l’écart salarial.
Mercedes Erra, présidente et fondatrice de BETC, rappelle avec fermeté que si beaucoup pensent l’égalité acquise, la réalité sociale est tout autre. Cette liste de conditions limite la liberté des femmes au quotidien, qu’il s’agisse de la peur de marcher seule la nuit ou du fait que 60% d’entre elles risquent de subir des violences sexistes ou sexuelles au travail. En matérialisant ces barrières invisibles sous forme de clauses contractuelles, l’agence rend l’injustice impossible à ignorer pour les passants.

Un hack symbolique au cœur de la Ville Lumière
L’activation a pris une dimension spectaculaire lors du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Les lumières de la Tour Eiffel se sont éteintes pour laisser place à une nouvelle version de la devise nationale projetée sur l’édifice : *Liberté. Égalité. Fraternité.** Ce symbole fort a été porté par Anne Hidalgo, première femme maire de Paris, qui a annoncé des mesures concrètes pour rendre cette égalité réelle.
Parmi les initiatives marquantes, la maire a décidé d’ajouter les noms de 72 femmes scientifiques sur la structure de la Dame de Fer, aux côtés des 72 hommes déjà gravés sur sa base depuis sa construction. Cette action vise à corriger l’effacement historique des femmes qui ont façonné l’histoire du pays. En parallèle, l’astérisque a été décliné en pins et en symboles sur les réseaux sociaux, invitant les citoyennes à se réapproprier cette marque comme un signal de résistance.
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Transformer la vigilance en ambition
Le message de BETC s’adresse également à l’éducation des plus jeunes. La campagne dénonce comment, dès l’enfance, on conditionne les filles à être « sages » plutôt que curieuses, et à douter de leurs capacités en mathématiques ou en sciences. Cette vigilance constante, apprise dès le plus jeune âge, se transforme plus tard en syndrome de l’imposteur ou en une charge mentale invisible au sein du foyer.
L’objectif final de cette campagne est de maintenir cet astérisque bien visible jusqu’à ce que l’égalité soit enfin réelle, sans conditions. En s’attaquant à des domaines aussi variés que la santé (où les protocoles sont souvent basés sur les symptômes masculins), le sport professionnel ou l’espace public, BETC et Moisson Montréal (dans d’autres contextes de solidarité) rappellent que la communication doit servir à bousculer les consciences pour faire évoluer les lois.
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*Terms and Conditions of Being a Girl :
1. En tant que femme, j’accepte d’être moins bien payée qu’un homme pour un travail égal.
2. En tant que femme, j’accepte de ne pas me sentir en sécurité dans la rue.
3. En tant que femme, j’accepte d’effectuer 71 % des tâches ménagères.
4. En tant que femme, j’accepte de travailler gratuitement à partir du 10 novembre.
5. En tant que femme, j’accepte de devoir adapter ma tenue vestimentaire pour éviter le harcèlement.
6. En tant que femme, j’accepte que ma grossesse soit perçue comme un inconvénient par mes employeurs.
7. En tant que femme, j’accepte que, statistiquement, j’aie 60 % de chances de subir une forme de violence sexiste ou sexuelle au travail.
8. En tant que femme, j’accepte de vivre dans un monde où plus de 90 % des PDG des entreprises du CAC 40 sont des hommes.
9. En tant que femme plus âgée, j’accepte de devenir socialement invisible.
10. En tant que femme, j’accepte de me sentir en insécurité dans les transports en commun.
11. En tant que fille, j’accepte qu’on attende de moi que je sois plus discrète, moins envahissante et que je prenne moins de place.
12. En tant que fille, j’accepte que ma douceur soit plus valorisée que mon audace.
13. En tant que fille, j’accepte qu’on me demande d’être prudente, tandis que les garçons seront encouragés à être courageux.
14. En tant que fille, j’accepte d’être conditionnée à bien me comporter plutôt qu’à être curieuse.
15. En tant que fille, j’accepte d’être conditionnée à douter de mes capacités avant même de les avoir mises à l’épreuve.
16. En tant que fille, j’accepte qu’on m’encourage à moins prendre la parole en classe.
17. En tant que femme, j’accepte de vivre avec un sentiment constant de vigilance, ancré depuis l’enfance.
18. En tant que femme, j’accepte qu’on m’encourage à être « gentille » plutôt qu’ambitieuse.
19. En tant que femme, j’accepte d’être considérée comme moins douée en mathématiques.
20. En tant que femme, j’accepte qu’on me dise que je ne suis pas faite pour les carrières scientifiques.
21. En tant que femme scientifique, j’accepte d’être rendue invisible, et mon travail le sera aussi.
22. En tant que femme, j’accepte d’avoir une chance sur deux d’abandonner le sport à cause du sexisme et des commentaires sur mon physique.
23. En tant que femme, j’accepte que mon corps soit sexualisé partout et tout le temps.
24. En tant que femme, j’accepte que mon corps soit sexualisé à tout âge.
25. En tant que femme, j’accepte d’être jugée vulgaire lorsque je porte des vêtements courts.
26. En tant que femme, j’accepte d’avoir une chance sur trois de subir des violences conjugales ou sexuelles.
27. En tant que femme, j’accepte que mon corps soit constamment jugé et commenté.
28. En tant que femme, j’accepte d’éprouver de la gêne et de la honte pendant mes règles.
29. En tant que femme, j’accepte d’être exposée à des standards de beauté irréalistes dès l’enfance.
30. En tant que femme, j’accepte que mon corps soit retouché, lissé et modifié jusqu’à ce qu’il ne soit plus authentique.
31. En tant que femme, j’accepte d’être comparée à des corps artificiels présentés comme naturels.
32. En tant que femme, j’accepte d’être convaincue que je dois avoir certaines morphologies pour être désirable.
33. En tant que femme, j’accepte de vivre dans un système où mon image est exploitée mais rarement respectée.
34. En tant que femme, j’accepte qu’on me vende des produits « féminins » plus chers et moins efficaces.
35. En tant que femme, j’accepte de ne plus être considérée comme désirable après 45 ans.
36. En tant que femme, j’accepte d’être jugée davantage sur mon âge que sur mon expérience.
37. En tant que femme, j’accepte de devoir travailler plus dur qu’un homme pour obtenir la même reconnaissance.
38. En tant que femme, j’accepte de devoir travailler plus dur qu’un homme pour obtenir la même promotion.
39. En tant que femme, j’accepte de ne pas obtenir une promotion que je mériterais pourtant.
40. En tant que femme, j’accepte que ma réussite soit attribuée à la « chance ».
41. En tant que femme, j’accepte que mes compétences soient plus souvent remises en question.
42. En tant que femme, j’accepte d’être plus facilement interrompue en réunion.
43. En tant que femme, j’accepte que mon leadership soit perçu comme autoritaire.
44. En tant que femme, j’accepte que mon ambition soit perçue comme de l’arrogance.
45. En tant que femme, j’accepte qu’on me dise « froide » lorsque je suis ferme.
46. En tant que femme, j’accepte qu’on me fasse culpabiliser si je privilégie mon travail.
47. En tant que femme, j’accepte qu’on me fasse culpabiliser si je privilégie ma famille.
48. En tant que femme, j’accepte de vivre avec le syndrome de l’imposteur.
49. En tant que femme, j’accepte d’être jugée si je désire des enfants.
50. En tant que femme, j’accepte d’être jugée si je ne les désire pas.
51. En tant que femme, j’accepte que mon droit de disposer de mon propre corps restera fragile et sera remis en question dans le débat public.
52. En tant que femme, j’accepte d’assister à la plupart des réunions parents-professeurs.
53. En tant que femme, j’accepte de gérer très souvent les rendez-vous médicaux des enfants.
54. En tant que femme, j’accepte de gérer la plupart des activités extrascolaires.
55. En tant que femme, j’accepte de devoir coordonner l’emploi du temps de toute la famille.
56. En tant que femme, j’accepte de prendre plus de jours de congé maladie pour m’occuper des enfants.
57. En tant que femme, j’accepte de consacrer plus de temps à planifier et à anticiper les besoins de la famille.
58. En tant que femme, j’accepte de porter le fardeau mental invisible des responsabilités familiales et scolaires.
59. En tant que femme, j’accepte qu’on attende de moi que je gère les émotions des autres.
60. En tant que femme, j’accepte de gagner 21 fois moins qu’un athlète masculin si je poursuis une carrière sportive.
61. En tant que femme, j’accepte de ne pas être prise au sérieux en tant qu’athlète professionnelle.
62. En tant qu’athlète féminine, j’accepte de faire face à des commentaires sur mon physique plutôt que sur mes performances.
63. En tant qu’athlète féminine, j’accepte de bénéficier d’une couverture médiatique moindre, de moins de soutien et de moins de financement.
64. En tant qu’athlète féminine, j’accepte que l’on doute de ma force, de mon endurance et de mon mental.
65. En tant que footballeuse professionnelle, j’accepte de jouer dans des stades quasi vides.
66. En tant que femme, j’accepte qu’on attende de moi de la compréhension et de la patience.
67. En tant que femme, j’accepte que la plupart de mes symptômes soient minimisés et attribués au « simple stress ».
68. En tant que femme, j’accepte de recevoir un diagnostic moins précis.
69. En tant que femme, j’accepte de devoir m’adapter à une science qui ne s’est pas adaptée à moi.
70. En tant que femme, j’accepte que ma douleur soit minimisée car la recherche privilégie le corps masculin.
71. En tant que femme, j’accepte d’être plus souvent victime de maladies cardiovasculaires car les protocoles de prévention sont basés sur les symptômes masculins.
72. En tant que femme, j’accepte de ressentir davantage d’effets secondaires liés aux médicaments, car mon corps n’a pas été pris en compte lors des essais cliniques.
73. En tant que femme, j’accepte d’être sous-représentée dans les essais cliniques, car mon cycle hormonal est considéré comme trop complexe.
74. En tant que femme, j’accepte que les médecins soient moins bien informés sur les symptômes spécifiques aux femmes pour de nombreuses maladies.
75. En tant que femme, j’accepte que les prothèses, implants et dispositifs médicaux ne soient pas toujours adaptés à mon corps.
76. En tant que femme, j’accepte que les seuils de douleur utilisés dans la recherche ne correspondent pas à mon expérience.
77. En tant que femme autiste, j’accepte d’être sous-diagnostiquée, car les critères diagnostiques sont basés sur ceux des hommes.
78. En tant que femme, j’accepte d’être moins bien protégée par les ceintures de sécurité, car elles ne sont pas conçues pour moi.
79. En tant que femme, j’accepte d’avoir moins de chances de survie après un accident, car les voitures sont conçues pour les hommes.
80. En tant que femme, j’accepte que l’expression de mes émotions soit perçue comme une faiblesse.
81. En tant que femme, j’accepte que ma retraite soit le reflet d’une vie entière d’inégalités salariales légales, mais tolérées.
82. En tant que femme, j’accepte de recevoir une pension inférieure à celle des hommes sans que cela soit considéré comme une injustice structurelle.
83. En tant que femme, j’accepte que les mesures visant à me protéger contre la violence restent insuffisamment appliquées.
84. En tant que femme, j’accepte que la séparation d’avec un partenaire violent ne soit pas toujours immédiate ni automatique.
85. En tant que femme, j’accepte que la loi reconnaisse la violence, mais que son traitement reste lent.
86. En tant que femme, j’accepte que le système judiciaire continue de remettre en question mon comportement plutôt que celui de l’agresseur.
87. En tant que femme, j’accepte de vivre dans un pays où les plaintes pour violence sont généralement ignorées.
88. En tant que femme, j’accepte de vivre dans un monde où certaines traditions justifient les violences faites à mon corps.
89. En tant que femme, j’accepte de pouvoir subir des mutilations génitales au nom de la culture, de la pureté ou du contrôle.
90. En tant que femme, j’accepte de pouvoir être contrainte à des actes sexuels non consentis au nom du mariage.
91. En tant que femme, j’accepte de rester minoritaire là où les lois sont élaborées.
92. En tant que femme, j’accepte de vivre dans un monde régi par des lois historiquement conçues par et pour les hommes.
93. En tant que femme, j’accepte que ma parole soit mise en doute.
94. En tant que femme, j’accepte d’être critiquée lorsque je prends la parole.
95. En tant que femme, j’accepte d’être critiquée si je garde le silence.
96. En tant que femme, j’accepte d’être qualifiée d’extrémiste si je suis simplement féministe.
97. En tant que femme de couleur, j’accepte que toutes ces conditions seront encore plus difficiles à supporter et que je devrai faire face à une double épreuve.
98. En tant que femme LGBTQIA+, j’accepte que mon identité et mon orientation soient invalidées et/ou hypersexualisées.
99. En tant que femme en situation de handicap, j’accepte d’être plus vulnérable à la violence et aux abus.
100. En tant que femme, j’accepte que la contraception soit considérée comme ma responsabilité.
101. En tant que femme, j’accepte de porter un lourd fardeau psychologique en raison de toutes ces conditions.




