Au Royaume-Uni, une femme peut passer sa vie à travailler et à élever ses enfants, puis découvrir à la retraite qu’elle vaut un tiers de moins qu’un homme.
C’est cette réalité que l’association britannique Pregnant Then Screwed, engagée contre la pénalité maternelle, a décidé de rendre visible avec « Thanks for your service* ». Le principe : des centaines d’étiquettes néon « 33% OFF » apposées sur des femmes, pour représenter l’écart moyen de pension qui les sépare des hommes.
Les codes des soldes détournés
La campagne emprunte un langage que tout le monde connaît : celui de la pastille promotionnelle, ce starburst fluo qui signale d’habitude une bonne affaire en rayon. Ici, il sert à déprécier des femmes, exactement comme le fait le système de retraite britannique, mais de façon enfin visible. Un chiffre qui dort d’ordinaire dans un relevé de pension s’affiche soudain en néon.
Le titre joue la même carte de l’ironie. « Thanks for your service* » sonne comme une marque de reconnaissance, mais l’astérisque raconte une autre histoire : après une vie de travail et de soins apportés aux autres, ces femmes arrivent à la retraite avec bien moins que les hommes. Ce n’est pas un remerciement, c’est une décote.
Une pénalité invisible qui s’accumule
Le constat de l’association est structurel. Le système de retraite britannique repose sur un emploi continu et à temps plein, ce qui pénalise toute femme qui réduit ou interrompt son activité pour s’occuper d’un enfant. Temps partiel, compromis de carrière, cotisations parfois mal calculées pendant le congé maternité : les pertes peuvent atteindre plusieurs milliers de livres.
Ces effets restent silencieux pendant des décennies, jusqu’à se traduire par une pension nettement réduite. Résultat : les femmes représentent aujourd’hui la majorité des personnes ayant atteint l’âge de la retraite, mais aussi la majorité des retraités vivant dans la pauvreté.
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Une équipe 100% féminine aux commandes
La campagne a été imaginée par une équipe de créatives : la photographe Sane Seven, publiée dans The Sunday Times, TIME ou Forbes, la designeuse Rachel Many, basée à Los Angeles, et la directrice de création Gemma Phillips. Sane Seven explique avoir inversé sa démarche : là où le portrait cherche d’ordinaire l’individu derrière la statistique, il présente ici les femmes comme une statistique.
Déployée en affichage, presse, social media et dans la rue, avec le soutien de mères comme Anna Whitehouse ou Caroline Hirons, la campagne veut provoquer une prise de conscience rapide. « Les femmes sont dévalorisées chaque jour par le système de retraite, on ne le voit simplement pas », résume Gemma Phillips. Pour Rachel Grocott, directrice générale de l’association, l’enjeu est de lancer un débat trop longtemps repoussé sur la façon dont on dévalorise les femmes, et sur ce qu’il faut changer.
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